Le printemps est arrivé

Publié le par gribou

Avec le printemps s'est prolongée l'angoisse de ne pas trouver de travail malgré des recherches acharnées. Mes nuits se remplissent de doutes, ne trouvant aucune solution rassurante pour savoir comment payer mon loyer le mois prochain. Quand j'égraine les possibilités qui s'amenuisent, j'ai la sensation de m'écrouler de l'intérieur dans une aspiration vertigineuse. Heureusement, M. est là pour me rappeler dans un grand sourire tout ce que j'ai déjà pu accomplir et l'incroyable travail abbatu. Alors, je respire dans de grandes bouffées et j'essaye de me regonfler par tout cet air.

Il résiste des instants magiques qui me rappelent que la vie est dense et pleine de strates autrement plus impérieuses que les problèmes qui passent inexorablement. L'humour de mes proches, la présence de ceux qui n'ont jamais désertés, les félicitations sur mon travail, l'apaisement apporté par la satisfaction de faire mon possible, je range dans la même case tout ce à quoi je peux m'accrocher pour bien m'y agriper. Je n'efface pas les coups au cutter dans mes nuits devenues hachées et bien trop courtes mais je demeure attentive au sourire animiste de l'existence.

Cette semaine, c'est un bouquet de pois de senteur qui a réparé mes cernes creusés. Depuis mon canapé, j'écoutais la rumeur de la ville à travers ma fenêtre ouverte : les étudiantes au débardeur brandis en terrasse dès les premiers degrés arrivés, les enfants contrariés, les voitures pressées, j'avais la sensation de plus en plus pesante de n'avoir aucune place dans cette agitation. Comme tous les matins, les annonces avait été écumées en me résolvant à postuler aux offres bien en deçà de mon niveau de qualification tout en sachant pertinemment à l'avance être bientôt rejetée pour cette même raison. L'appartement déjà rangé, il ne me restait que la vaisselle du petit déjeuner à me mettre sous la dent pour remplir ma matinée, je prennais donc le temps de ne pas éliminer trop vite ce programme trépidant. Et puis le soleil est venu me réchauffer les pieds et faire lever le bout de mon nez de la brume dans laquelle j'étais plongée. J'ai regardé ma table, avec cette nappe à carreaux que j'aime tant dont les coins sont lestés par des pompons. Je les aime ces pompons. J'ai toujours révé d'une table à la campagne sous un arbre avec une nappe comme celle-ci où déjeuner avec des amis. En attendant que l'occasion s'en présente, j'ai la nappe, c'est un début. Le parfum des fleurs m'avaient échappée, trop occupée par mes pensées, j'avais oublié de respirer. 

Alors quand tout m'opresse et que je panique jusqu'au bout des cheveux, je me rappelle qu'il ne faut pas oublier de respirer sous peine de manquer d'autres parfums de la vie. Ca me fait tenir jusqu'à la fin de la journée, demain arrivera bien assez tôt pour m'obliger à m'en souvenir à nouveau.

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